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Dans la continuité de ce texte : http://www.grandguillaume.net/article-face-a-l-esprit-de-la-rente-l-audace-du-reformisme-de-gauche-119974975.html j'ai souhaité inviter Sophie Heine, chercheur à Queen Mary, University Of London, le 29 octobre prochain pour un débat à l'Assemblée nationale sur le thème "l'individu, la gauche, quel projet collectif ?"

Plutôt que de faire des analyses partielles d'élections partielles, je crois qu'il est plus pertinent de travailler sur le fond et la sur la reconquête idéologique de la gauche face à une droite néoréactionnaire en perdition.

C'est bien la question du lien social et du vivre ensemble qui doit être le départ de cette réflexion. Dans "La politique de l'individu" (République des idées, octobre 2013), Fabienne Brugère, professeure à l'Université de Bordeaux, pose la problématique et les enjeux avec pertinence.

Si l'individualisme est une idéologie à travers laquelle l'être humain "se pose comme indépendant des liens sociaux qu'il peut avoir par ailleurs" (Vincent Descombes, Les embarras de l'identité), la gauche doit réconcilier l'individu et le projet collectif. Il faut "trouver une autre façon de faire monde commun, à partir non d'un individualisme de l'universel, mais d'un universalisme de distinction".

Comme le souligne Fabienne Brugère, "Chacun veut être reconnu comme un individu, sujet porteur de droits et de qualités, mais personne ne voudrait être livré à lui-même, réduit à une pure "individualité" qui ne serait que solitude, fragilité, impuissance. Tel est le grand paradoxe de la société moderne : si l'individu est partout célébré, l'individualisme est énergiquement décrié." C'est à ce dilemme que la gauche doit répondre.

Les Français croient au bonheur privé mais doutent de la perspective d'un bien-être public, c'est la société de la défiance : bonheur privé et malheur public (Jean Viard, Nouveau portrait de la France). La méfiance grandissante à l'égard des institutions pose un défi à l'ensemble des responsables politiques et une partie de la droite a tort de se satisfaire de cette nouvelle tendance qui consiste à défier l'application des lois (mariage pour tous, rythmes scolaires, ...).

Un des enjeux pour la gauche est de mettre en avant un individu relativement hors marché pour redéployer des sphères de vie indépendantes de l'économie. C'est une des conditions pour rénover avec une vision égalitaire de la société. Réenchanter l'Etat, imaginer un nouvel Etat social, porter de nouvelles espérances, dépasser la vision à court terme des marchés, c'est redonner du sens à l'engagement collectif, c'est le retour du politique sur l'économie.

"Nous ne vivons pas une crise de l'individu, mais une incapacité de la politique à prendre en compte l'individualisation de la société et à soutenir l'individu, qu'il soit intégré ou vulnérable. Soutenir les individus à l'aide de la puissance publique, c'est participer à leur épanouissement, et ne pas se contenter de préconiser leur adaptation aux normes du capitalisme financier. La protection sociale ne se fera pas à l'avenir sans des conditions individualisées qui permettront aux citoyens d'affirmer leurs trajectoires personnelles dans un monde de pluralité des valeurs."

Tag(s) : #Chroniques

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