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L'élection présidentielle du 6 mai impose une nouvelle recomposition de l'espace politique. A travers l'élection de Nicolas SARKOZY, la droite a réalisé sa mutation idéologique sur la base de l’identité, de l’immigration et de l’insécurité. Cette mutation s'est opérée au fur et à mesure du temps sous l'impulsion des alliances politiques et idéologiques entre la droite et l'extrême droite, c’est le résultat de la "lepénisation des esprits".

Face à ces "nouveaux réactionnaires" qui ont pour cible la démocratie au nom de la défense de la démocratie, l'héritage de mai 1968 au nom de la morale et de l'autorité, l'héritage des Lumières au nom de la protection de la civilisation, quelles seront demain les réponses de la gauche ?

Pour construire une nouvelle grille de lecture de la société, nous avons besoin de réaliser une "révolution idéologique" et une "rénovation politique" avec les citoyens en s'appuyant sur l'élan qu'a créé Ségolène ROYAL. Il ne s’agit pas de se mettre à cinq autour d’une table pour rédiger un texte mais bien d’associer toutes les forces de gauche, tous les citoyens qui se reconnaissent dans l’idéal de progrès, à la réflexion collective.

Il y a de nombreux sujets dont il faudra débattre mais il ne faut pas les aborder sous la forme d’un catalogue. Au contraire, il faut partir de nos fondamentaux, de l’idéal pour mieux comprendre le réel.

Prenons l'exemple de la démocratie. Hier on opposait la démocratie au totalitarisme. Les révolutionnaires, quant à eux, critiquaient les apparences de la démocratie au nom de la réalisation d’une démocratie réelle.

Or, aujourd’hui, certains intellectuels ont pris pour cible la démocratie moderne, au nom de la vraie démocratie. La démocratie moderne est accusée de tous les maux. En effet, pour eux, la démocratie c'est le règne de la consommation, de l’individualisme, de l’égalitarisme et de la déliaison sociale qui conduirait à la ruine de l’élitisme républicain, à la destruction des valeurs collectives, au corporatisme des grévistes, au communautarisme, au déclin économique,  à la faillite morale, …. La démocratie c’est pour eux la règle des désirs individuels illimités de la société de masse moderne.

Jacques RANCIERE, philosophe, écrivait dans  "la haine de la démocratie" (la fabrique éditions – 2005) : "Le double discours sur la démocratie n’est certes pas neuf. Nous avons été habitués à entendre que la démocratie était le pire des gouvernements à l’exception de tous les autres. Mais le nouveau sentiment antidémocratique donne de la formule une version plus troublante. Le gouvernement démocratique, nous dit-il, est mauvais quand il se laisse corrompre par la société démocratique qui veut que tous soient égaux et toutes les différences respectées. Il est bon, en revanche, quand il rappelle les individus avachis de la société démocratique à l’énergie de la guerre défendant les valeurs de la civilisation qui sont celles de la lutte des civilisations. La nouvelle haine de la démocratie peut alors se résumer en une thèse simple : il n’y a qu’une seule bonne démocratie, celle qui réprime la catastrophe de la civilisation démocratique. Les pages qui suivent chercheront à analyser la formation et à dégager les enjeux de cette thèse. Il ne s’agit pas seulement de décrire une forme de l’idéologie contemporaine. Celle-ci nous renseigne aussi sur l’état de notre monde et sur ce qu’on y entend par politique. Elle peut ainsi nous aider à comprendre positivement le scandale porté par le mot de démocratie et à retrouver le tranchant de son idée."

Pour les nouveaux réactionnaires, il n'y a donc qu'une bonne démocratie, celle qui annihile les effets de la civilisation démocratique. Pour eux, il faut un pouvoir fort, autoritaire, qui soit sans concession avec ceux qui défendent l’égalité pour faire renaître une démocratie imaginaire qui est celle des oligarques. Mais les libertés ne sont pas des dons des oligarques, elles ont été gagnées par l’action démocratique et ne gardent leur effectivité que par cette action. Les droits humains sont les droits de ceux qui leur donnent réalité, la gauche ne doit pas l'oublier.

Pour Jacques RANCIERE : "La nouvelle haine de la démocratie n'est donc, en un sens, qu'une des formes de la confusion qui affecte le terme. Elle double la confusion consensuelle en faisant du mot "démocratie" un opérateur idéologique qui dépolitise les questions de la vie publique pour en faire des "phénomènes de société", tout en déniant les formes de domination qui structurent la société. Elle masque la domination des oligarchies étatiques en identifiant la démocratie à une forme de société et celle des oligarchies économiques en assimilant leur empire aux seuls appétits des "individus démocratiques". Elle peut ainsi attribuer sans rire les phénomènes d'accentuation de l'inégalité au triomphe funeste et irréversible de l'"égalité des conditions" et offrir à l'entreprise oligarchique son point d'honneur idéologique : il faut lutter contre la démocratie, parce que la démocratie c'est le totalitarisme."

A gauche, on a vu, ces derniers mois, un grand nombre d’archaïques s’élever par exemple contre la démocratie participative défendue par Ségolène ROYAL. Ce sont d'ailleurs les mêmes qui pensent détenir la vérité à eux seuls. Les jurys citoyens et le tirage au sort sont devenus le mal absolu …. beaucoup plus critiqués que les phénomènes de concentration des médias ou le bilan de Nicolas SARKOZY.

Je pense que la démocratie participative c’est l’ennemie de ceux qui éprouvent en fait une véritable haine contre la démocratie. D'ailleurs, pour Nicolas SARKOZY, la démocratie participative serait la fin de toute volonté politique. "C’est la fin de la politique qui prend ses responsabilités. Il faut avoir le courage d’appeler les choses par leur nom, leur démocratie participative, ce n’est pas le remède contre la dictature de la pensée unique, c’est la fin de la démocratie représentative dans le soupçon généralisé".

La démocratie participative recouvre pourtant des concepts permettant d’accroître l’implication et la participation des citoyens dans le débat public et la prise de décisions politiques qui s’ensuit. Elle est complémentaire de la démocratie représentative.

Il y a donc bien deux conceptions de la démocratie aujourd'hui.

La première considère que le peuple est une entrave à l’action qui doit se soumettre à l'autorité de quelques uns pour résister face au choc des civilisations. Elle s'inspire de Platon (La République, III) : "... le dieu qui vous a façonnés a mêlé de l'or dans la composition de ceux qui sont aptes au commandement et qui sont aussi les plus précieux. A celle des défenseurs il a mêlé de l'argent; tandis que le fer et l'airain sont pour les laboureurs et les autres artisans." C'est l'autorité au service de quelques uns.

La seconde considère qu'il faut, non pas concentrer les pouvoirs, mais tout simplement les redonner aux citoyens car la démocratie ce n'est pas le pouvoir de quelques uns au service de quelques uns. Cette conception implique une véritable rénovation des institutions pour que le Parlement joue vraiment son rôle, la mise en place d'une démocratie participative en complément de la démocratie représentative, le développement de la démocratie sociale et enfin le tryptique concertation - participation - évaluation.

 

Tag(s) : #Les fondamentaux

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