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Vendredi 22 décembre 2006

Le Président de la Banque Centrale Européenne, Jean Claude TRICHET, « riposte à la campagne menée en France contre la BCE  » (http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-848031@51-848260,0.html), c’est le titre d’un article paru dans le journal Le Monde du 21 décembre 2006.

Rappelons que début décembre à Porto, au congrès du Parti Socialiste Européen, Ségolène ROYAL avait exigé que la Banque Centrale Européenne (BCE)  soit « soumise à des décisions politiques » parce ce que ce n’est plus à son président « de commander l’avenir de nos économies ».

 

 

La riposte de Jean Claude TRICHET, face aux critiques adressées par les responsables politiques français, laisse apparaître plusieurs contradictions.

Première contradiction de Jean Claude TRICHET : il s'immisce (définition : intervenir indûment et indiscrètement dans ce qui est de la compétence d'autrui) dans un débat politique, comble du paradoxe pour celui qui se proclame comme le chantre de l'indépendance face aux politiques. Il nous rappelle que la Banque Centrale Européenne est indépendante du politique. Ce qui veut dire qu'il n'est responsable devant aucun citoyen. Cette indépendance s’est justifiée sur la base de l’hyper-libéralisme (voir Rapport EMERSON, 1990) et sur un compromis avec les Allemands qui défendaient un « euro fort » (les conséquences de l’hyperinflation des années 1920 a fortement orienté la politique monétaire allemandre d'après guerre). L’Article 108 du traité de MAASTRICHT stipule : « Dans l’exercice des pouvoirs et dans l’accomplissement des missions et des devoirs qui leur ont été conférés par le présent traité et les statuts du SEBC, ni la BCE , ni une banque centrale nationale, ni un membre quelconque de leurs organes de décision ne peuvent solliciter ni accepter des instructions des institutions ou organes communautaires, des gouvernements des États membres ou de tout autre organisme. Les institutions et organes communautaires ainsi que les gouvernements des États membres s’engagent à respecter ce principe et à ne pas chercher à influencer les membres d’organes de décision de la BCE ou des banques centrales nationales dans l’accomplissement de leurs missions. ». Il y a plusieurs degrés d’indépendance, on peut dire que la BCE a un des degrés d’indépendance les plus élevés dans le monde (contrairement à la banque centrale américaine – la FED- par exemple). Pour les libéraux, comme Jean Claude TRICHET, la politique monétaire doit être gérée par des banquiers centraux indépendants des gouvernements ayant pour seul objectif la lutte contre l’inflation (donc sans considération de la croissance et du plein emploi). Pour eux, quand les gouvernements pilotent la politique monétaire, cela a forcément pour conséquence l’inflation (pour des raisons électoralistes). Mais la différence avec les politiques, c’est que les responsables de la BCE ne sont justement responsables devant personne, leur mandat ne peut être remis en cause lors d’élections sur la base de leur bilan. Alors que le résultat de la politique monétaire menée par la BCE est négatif, les citoyens n’ont donc aucun pouvoir de sanction et pourtant, Jean Claude TRICHET se permet d’intervenir dans un débat politique, lui qui a été désigné grâce à son plus fidèle soutien, Jacques CHIRAC.

Deuxième contradiction, Jean Claude TRICHET se vante du bon bilan économique de la zone euro qui ne serait pas étranger au pilotage de la politique monétaire par la BCE. Si Jean Claude TRICHET nous parle du nombre d’emplois créés, il oublie de parler du nombre d’emplois détruits ainsi que de l’augmentation des prix qui n’est pas traduite par les indices officiels. Il suffit de regarder de près l’augmentation des prix des produits de base, des loyers, des prix de l’énergie, … etc et par conséquent la diminution du pouvoir d’achat des catégories populaires. La BCE a laissé l'euro s'apprécier de près de 50% par rapport au dollar de 2000 à 2005 sans réagir en raison de son dogme libéral. Il en a résulté une importante perte de compétitivité pour les économies de la zone euro et un recours massif aux suppressions d'emploi et aux délocalisations de la part des entreprises. Concernant les délocalisations, on agite souvent l’épouvantail des pays émergents mais on n’oublie d’évoquer la conséquence de la politique de change menée par la BCE.

La politique monétaire n’est donc plus utilisée aujourd’hui par les gouvernements nationaux comme un instrument de politique macro-économique au même titre que peuvent l’être la politique budgétaire, la politique des revenus, la politique fiscale, … etc. La BCE qui est indépendante des gouvernements s’est donc formée à travers « l’éviction du politique de la conduite des affaires monétaires » (expression de Michel DEVOLUY, «  La Banque Centrale Européenne » PUF – 2000). La politique monétaire se fonde uniquement sur l’objectif de lutte contre l’inflation, on est donc loin du « carré magique » de N. KALDOR : plein emploi, croissance, équilibre extérieur, stablité des prix.

Il faut un gouvernement économique unifié au sein de l’union européenne qui, dans son champ de compétence, devra réinvestir le champ monétaire à travers l’euro. A l’inverse des expériences historiques, l’union monétaire européenne s’est faite sans union politique, il est grand temps de la construire pour ne pas laisser à des « experts » autoproclamés la conduite des affaires publiques.

 

 

par Laurent GRANDGUILLAUME publié dans : Economie monétaire de production
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Commentaires

Il ferait mieux de s'occuper de faire baisser les taux d'intérêt et de faire en sorte que ça coûte moins cher d'acheter des produits européens que des produits américains (en ayant un euro moins cher que le dollar !).
Commentaire n° 1 posté par Az le 22/12/2006 à 16h29

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