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- La définition et les mensonges de l'économie :

 

Quand on parle d’économie de marché (expression politiquement correcte pour désigner en fait le capitalisme), il faut d’abord s’interroger sur la définition de cette notion.

 

Selon les ultra-libéraux (Milton FRIEDMAN par exemple), l’économie de marché est une économie dans laquelle les biens et les services s’échangent librement sur des marchés (sans intervention de l’Etat) qui se régulent grâce au mécanisme de la "main invisible" (la recherche de l’intérêt individuel participe à l’intérêt collectif). Le marché permet la rencontre d’une offre et d’une demande qui déterminent un prix d’échange.

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette définition ne correspond pas à la réalité. En effet, aujourd’hui l’économie de marché est une économie où l’Etat intervient et se doit d’intervenir à la demande des citoyens.

 

Les marchés existent depuis la nuit des temps, on peut remonter au VIIIème siècle av. J.-C depuis l’intervention de la monnaie. L’expression « économie de marché » si elle a l’avantage d’être utilisée par tout le monde, est très creuse. Elle permet de cacher les questions de dominations et de pouvoir puisque tout le monde pourrait se rencontrer, d’égal à égal, sur un marché pour négocier.

 

A travers sa définition, l’économie de marché s’oppose à l’économie planifiée dans laquelle l’allocation des ressources est centralisée (décentralisée dans une économie de marché et déterminé par un plan (par le prix dans une économie de marché). Ainsi, la référence à une « économie libre et non faussée » dans le projet de traité constitutionnel européen en 2005 était très maladroite puisque cela ne correspond pas à la réalité (Les Etats interviennent dans les pays européens dans le domaine économique, social, fiscal, environnemental, ... etc). Dans ce même traité, il était fait référence à l’ « économie sociale de marché », modèle dont se réclame la Chine … ce qui montre bien que le terme même d'économie de marché peut contenir tout et n'importe quoi.

 

Lorsque l’on parle de capitalisme industriel, financier, marchand, … on voit vite qui sont les détenteurs du réel pouvoir. On pourrait parler aujourd’hui de capitalisme de la société anonyme, tout le problème est de savoir qui est derrière le terme « anonyme » ...

 

Ainsi, il existe de nombreux mensonges en économie, relevés notamment par Johan Kenneth GALBRAITH dans son dernier livre. On en citera deux pour exemple :

 

« Le client est roi » : Avec l’économie de marché, on a l’impression que le roi c’est le consommateur, c’est lui qui choisit en toute liberté. Il faudra lever ce voile de mystification car les choix des consommateurs sont contraints par le marketing et la publicité. Pour ceux qui voudraient s’en convaincre, je vous invite à lire différents livre sur les méthodes de vente (exemple : Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens – Robert Vincent JOULE et Jean Léon BEAUVOIS, Éditions PUG – 2002) .

 

« Le travail » : ce mot désigne à la fois « l’obligation imposée aux uns et la source de prestige et de forte rémunération que désirent ardemment les autres, et dont ils jouissent » (J. K GALBRAITH, les mensonges de l’économie, 2004 – Éditions Grasset, page 34). Il est épuisant pour les uns et un plaisir pour les autres. Le travail pénible est le moins payé alors que celui qui procure le plus de plaisir est le mieux payé, voilà un autre paradoxe. John Kenneth GALBRAITH ajoute cette remarque très juste : « Le travail est jugé essentiel pour les pauvres. S’en affranchir est louable pour les riches ». Ainsi, les loisirs sont souvent condamnés pour les pauvres mais acceptés pour les plus riches. Rappelez-vous pendant la campagne présidentielle, l'intrusion de l'expression « la France qui se lève tôt ».

 

On voit que ces mensonges révèlent la complexité du débat sur la nature et l'évolution l'économie de marché. Il faudrait sortir des sentiers battus !

 

- Le contexte :

 

Quelle est la situation aujourd’hui au plan international ?

  - La transition, irréversible, des économies planifiées (dans l’est) à des économies de marché, 

- La dérégulation économique dans les pays occidentaux, la critique virulente contre l’Etat providence (qui serait un « Etat nounou ») et le développement de la société de marché,
 

- La disparition quasi-totale des modèles de développement alternatifs à ceux du Fonds Monétaire International (politique des ajustements structurels) dans le pays africains et d’Amérique du sud.

Il y a donc une hégémonie culturelle et politique du modèle ultra-libéral avec une critique systématique du rôle de l’Etat et une extension du champ social soumis à la régulation marchande. Pourtant, il y a, concomitamment, une volonté de civiliser et d’organiser l’économie de marché. Nos économies de marché, malgré les pressions exercées par les ultra-libéraux sont institutionnalisées.

 

Il y a également un phénomène de complexification du fonctionnement des économies (un objet est compliqué par les éléments qui le composent, un objet est complexe par les interactions entre les différents éléments qui le composent).


Ce phénomène est causé par :

 - Les interactions entre les différents agents économiques (individus, entreprises, Etats, …), interactions qui s’opèrent en dehors des frontières géographiques. Les pays sont, par conséquent, fortement interdépendants. Un choc économique intervenant dans un pays a forcément des conséquences dans les autres pays (exemple : crise récente de l’immobilier aux Etats-Unis), 

- Le raccourcissement des processus de production, de création et d’innovation. Les produits ont une durée de vie plus faible, il y a des phénomènes d’emballement qui en résultent,

- La différenciation des produits,
 

- La différenciation des modèles d’entreprises : des grandes entreprises (monopoles et oligopoles) qui fonctionnent sur un modèle bureaucratique, les sociétés anonymes animées par un directeur constituent le cœur de notre système, et de l’autre côté des P.M.E, des petites exploitations agricoles, les commerces, … etc, dont les propriétaires sont responsables de la gestion et du succès ou de l’échec possible.

- Les perspectives :

Aujourd’hui, l’économie de marché appelle une intervention de l’Etat mais sous d’autres formes que celles connues par le passé :

- Les citoyens veulent d’un Etat qui organise, qui intervient en édictant des règles. On se situe plus dans le discours sur la définition de normes (traçabilité par exemple) pour réguler les marchés qui sont, par nature, décentralisés,
 

- La nécessité d’une intervention forte de l’Etat dans le domaine environnemental compte tenu des enjeux pour la planète,
 

- La nécessité de changer nos modes d’évaluation et de calcul. Le calcul marchand n’est plus suffisant comme en témoigne les coûts sociaux et écologiques d’un certain mode de développement. Le « Produit Intérieur Brut » ne permet pas de mesurer le progrès social et écologique,
 

- La garantie de l’indépendance des médias,

 

Un des nouveaux défis à venir sera de dépasser le cadre national pour mettre en place de nouvelles régulations. En effet, face aux marchés (de biens, de services, monétaires et financiers) qui sont aujourd’hui mondialisés, il n’existe pas de contre pouvoir en capacité d’imposer des normes et une véritable régulation.

 

Un autre défi sera, pour les citoyens, de dépasser le syndrome « NIMBY – Not in my back yard ». En effet, un grand nombre de citoyens veulent payer moins d’impôts mais dans le même temps, ils ne veulent pas que l’on ferme l’école du village ou l’agence de la poste. Ils veulent moins d’Etat mais dans le même temps veulent plus d’infrastructures, plus de services publics, plus de police, plus de justice, … etc. Ils veulent que l’on protège l’environnement mais ne veulent pas d’éolienne à proximité de leur village, … les exemples sont nombreux.

 

Alors sortons des caricatures sur ce sujet et engageons un vrai débat !

Tag(s) : #Economie monétaire de production

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