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Une de mes passions, ce sont les vieux livres. Si mes recherches s’orientent sur les livres des utopistes du 19ème siècle, cela ne m’empêche pas de trouver aussi d’autres « pépites », par le hasard, en particulier quand elles traitent de l’histoire des idées. 
 
Par exemple, j’ai découvert ce samedi sur un marché, au fond d’un carton, un livre ancien avec une couverture en très mauvais état. Le commerçant me l’a vendu pour quelques euros. 
 
Le livre date de 1729. Le titre fait référence à « La défense de la Constitution » et son auteur est Claude Le Pelletier, docteur en théologie et prêtre de Rouen. De quoi s’agit-il ? Un texte religieux ? Après quelques recherches, voici une analyse. 
 
L’auteur fait un plaidoyer pour que la Bulle Unigenitus fasse autorité de loi. Nous sommes donc à la croisée du religieux et du politique, du spirituel et du temporel dans une époque où tout est confondu.
 
Le livre s’inscrit dans la période de la querelle de l’Unigenitus (1713-1747). En 1713, le Pape Clément XI dénonce le jansénisme dans la Bulle Unigenitus. Il faut préciser que le jansénisme, au-delà de la querelle religieuse, s’inscrit dans une critique de l’absolutisme royal. Louis XIV cherche alors à imposer par la force la Bulle du pape comme loi du royaume avec pour objectif d’éradiquer le jansénisme. Il faudra attendre 1730 et Louis XV pour qu’elle devienne une loi du royaume. C’est une lutte de pouvoir. Il s’en suit une épuration du clergé pour chasser les jansénistes. Il semble que les idées jansénistes aient fortement influencé les officiers de justice qui siégeaient dans les Parlements. Au XVIIIème siècle, ces idées vont venir en soutien de l’opposition grandissante des parlements face à la monarchie absolue. Ainsi, les tribunaux mènent une vraie lutte contre le statut de loi d’État attribué à la Bulle papale Unigenitus.
 
Il est donc intéressant de découvrir que ce livre a fait l’objet d’une censure de la Cour du Parlement de Paris en 1733. Cette décision de censure, contre un livre qui s’opposait au jansénisme, était-il un acte d’opposition de la Cour du Parlement au Conseil du roi ? On peut le penser car à cette période, il existe une crise entre la Cour du Parlement et le Conseil du roi. La Cour du Parlement était alors très fortement influencée par le parti janséniste.
 
La raison invoquée pour la censure est une charge violente : cet ouvrage « contenant des propositions séditieuses, contraires ... à l’honneur et à l’autorité des Parlements » « excitantes au schisme et tendantes à troubler l’ordre et la tranquillité publique en proposant la Constitution Unigenitus comme règle de loi ». Le Parlement de Dijon délibéra aussi d’ailleurs dans ce sens le 13 novembre de la même année.
 
Le lendemain de la décision du Parlement de Paris, un arrêt du Conseil du roi casse l’arrêt du Parlement au motif que ce n’est pas de la compétence du Parlement et que le livre avait déjà été proscrit par le Conseil du roi.
 
Derrière ce livre, on retrouve finalement les crises et tensions qui jalonnèrent le XVIIIème siècle jusqu’à la Révolution française. Elles témoignent de l’affaiblissement progressif de la monarchie. Il y eut deux cercles importants dans l’évolution des idées avant la Révolution française : le cercle des Lumières, avec en particulier les philosophes, et celui des amis de Port-Royal - les jansénistes. Ces deux cercles s’opposèrent mais parfois se retrouvèrent dans des combats communs par exemple contre les jésuites, contre l’absolutisme, ou dans des causes communes comme la tolérance vis à vis des protestants.
 
Les jansénistes sont un peu les oubliés de l’histoire. À lire à ce sujet : https://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2001-4-page-235.htm#
 
Maintenant que ce livre ouvre à un récit, il ne manque plus qu’à trouver l’artisan qui lui redonnera une nouvelle vie.
Club des Lumières et club du Port-Royal

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