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Après avoir voté à Dijon le 7 mai dernier, je me suis rendu avec mon épouse à Saint-Jean-de-Losne en Côte d’Or, l’occasion de visiter le musée de la batellerie qui retrace deux siècles d’histoire des mariniers, et de voir la dernière péniche en bois de France, l’Aster, qui est rénovée par des bénévoles avec le soutien de mécènes.

Saint-Jean-de-Losne est la plus petite commune de France avec une superficie de de 0,6 km² dont 0,36 km² de terres et d’eau, pour 1167 habitants. Elle est devenue le premier port fluvial français en eau d’intérieur et la capitale européenne du tourisme fluvial ! Il faut dire que la situation de la commune est stratégique. Elle est au carrefour de la Saône, du canal de Bourgogne et du canal Rhin-Rhône. Grâce à son positionnement, on peut parcourir l’Europe par les fleuves et les canaux. Le musée de la batellerie permet de mieux découvrir le métier de marinier en eau intérieur, son histoire, sa culture, ses conditions de travail. J’ai pu prendre connaissance d’articles de presse qui relataient les grandes grèves de 1984 avec des barrages de bateliers sur la Saône. L’un des articles du Bien Public de l’époque avait pour titre : « Pardon aux plaisanciers … Pas au ministre des Transports ! ».

L’économie du fleuve est peu valorisée dans notre pays, c’est pourtant un enjeu économique fort du développement des régions. Il est souvent traité de la question du tourisme fluvial, des animations autour des canaux, … à travers différentes délibérations des grandes collectivités territoriales, mais peu de l’économie du fleuve alors même que le flux de marchandises ne cesse de croître dans le monde. Cette France des « invisibles » est pourtant celle que chantait Jacques Brel avec « L’Eclusier ». Si la concurrence par les coûts est forte avec le transport sur route, les émissions de CO2 sont divisées par quatre par l’utilisation des fleuves ! C’est toute une profession, la batellerie française artisanale, qui se sent la grande oubliée des politiques publiques depuis bien trop longtemps maintenant. 70% des entreprises de transport fluvial en France sont représentées par des entrepreneurs individuels, des indépendants. Il y a 829 bateaux d’artisans bateliers enregistrés en France et plus de 1200 personnes qui exercent l’activité d’artisans bateliers, représentés par la Chambre Nationale de la Batellerie Artisanale. Beaucoup d’entreprises de logistique dépendent de ce secteur. Pour exemple, le technoport de Pagny, et son terminal céréalier à proximité de Saint-Jean-de-Losne, au sein duquel la plate-forme portuaire de Pagny a enregistré plus de 230 milles tonnes de marchandises en 2015. L’eau est un élément fort de l’attractivité côte-d’orienne.

J’ai eu l’occasion d’échanger avec plusieurs habitants de la commune, des entrepreneurs notamment. Il y a une colère, une désillusion vis-à-vis de la politique. Mais il y a aussi une bienveillance, une ouverture sur le monde avec un nombre important de touristes étrangers qui viennent dans la commune. Il existe de nombreuses TPE. Le 7 mai, Emmanuel Macron y a été tout juste majoritaire, à 51%, à 10 voix près. Marine Le Pen y était arrivée en tête au premier tour avec 37,12% des voix. Plusieurs communes autour ont mis Marine le Pen en tête au deuxième tour. Difficile d’en analyser toutes les causes mais il existe bien dans notre pays une « géographie de la colère », des territoires qui sont périphériques aux yeux de beaucoup, mais qui sont pourtant des territoires essentiels pour notre vitalité économique. Avec un taux de chômage important à Saint-Jean-de-Losne, ce territoire est frappé par les inégalités sociales et économiques. Il existe aussi un déclassement social. Mais, à ces inégalités s’ajoutent les inégalités géographiques.

Or, il ne peut y avoir deux France qui s’opposent ou s’ignorent. L’un des enjeux de ce nouveau quinquennat doit être de réconcilier les territoires et dans cette perspective, il est essentiel de mieux prendre en compte les territoires ruraux et péri-urbains dans les politiques publiques. Ces territoires ont de nombreux atouts, et en particulier leurs entreprises, la substance du travail c'est à dire le savoir-faire. Il est nécessaire de développer les complémentarités avec les métropoles. Il ne doit pas exister de hiérarchie des territoires, mais une coopération où chacun peut faire prévaloir son identité, ses atouts et ses forces.

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