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Aujourd'hui, l'hebdomadaire gratuit "La Gazette de Côte-d'Or" ne paraîtra pas et ne paraîtra plus suite à la liquidation judiciaire de l'entreprise, dans un contexte économique particulièrement défavorable à la presse. C'est terminé la newsletter du mercredi soir où l'on recevait son journal ainsi que la lecture du numéro papier que l'on pouvait retrouver le matin au comptoir avec son café. Après Dijonscope, Miroir Magazine, Voo Tv, c'est un nouveau média local qui disparaît.


Élus locaux, acteurs économiques et institutionnels, nous pouvions tous être amenés à faire l'objet de critiques dans ce journal qui avait parfois le rôle de "poil à gratter de la presse dijonnaise" (France Bleu Bourgogne : https://www.francebleu.fr/infos/medias-people/la-gazette-de-cote-d-or-c-est-fini-1444760625). Nous avons tous des anecdotes tant parfois les sujets faisaient l'objet de polémiques. Il arrivait même que des numéros disparaissent des présentoirs dans la nuit pour en empêcher la lecture !

La disparition d'un journal local est à la fois triste pour tous ceux qui ont été au cœur du projet, mais aussi pour tous ceux qui attendaient sa parution. Cela doit interpeller aussi sur la situation de la presse aujourd'hui, sur la pluralité de la presse et sur les modèles qui lui permettront de résister à l'heure du numérique où la demande de gratuité et le développement des algorithmes percutent tous les groupes de presse. On peut prendre l'exemple d'Alternatives Économiques, que nous connaissons bien dans notre département, qui rencontre de grandes difficultés en ce moment.

Il suffit de rappeler quelques dates clés de l'histoire de la presse dans notre pays pour se rendre compte du chemin parcouru mais aussi de son importance pour la démocratie . Le 26 août 1789, l'article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen proclame : "La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi". Le 29 juillet 1881, la loi sur la liberté de la presse. Suppression de tout régime préventif, abandon du délit d’opinion et disparition de la censure. Le 29 juillet 1982, la loi sur la communication audiovisuelle posant le principe de la liberté de l’audiovisuel. La loi du 30 septembre 1986 sur la liberté de communication est venue compléter et renforcer ce dispositif.

Enfin, l'article 19 de la déclaration universelle des droits de l'homme stipule « Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit. » Les événements tragiques du mois de janvier sont venus nous rappeler l'importance de la liberté de la presse mais aussi les dangers que prennent les journalistes dans l'exercice de leur métier. Les médias sont à la fois un moyen d'expression et joue un rôle important dans la formation de l'opinion publique. Le pluralisme des médias aide au fonctionnement de la démocratie. Le paysage de la presse écrite est aujourd'hui en pleine mutation.

En 2004, dans l'appel du conseil national de la résistance, les anciens résistants (Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey), nous lançaient un appel qui devait nous interpeller sur le pluralisme nécessaire de la presse et sur son indépendance vis à vis du pouvoir financier : "Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques, à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n’acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944. Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection : " Créer, c’est résister. Résister, c’est créer ".

Stéphane Hessel nous disait que l'art est une forme d'impertinence. Par leur création, leurs écrits, leur impertinence, les journalistes sont aussi des artistes. Créer, c'est résister. Résister, c'est créer.

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